29/08/2025 journal-neo.su  8min #288770

Le génocide à Gaza déstabilise désormais la politique européenne : la démission du ministre néerlandais des Affaires étrangères fissure son gouvernement

 Ricardo Martins,

La démission du ministre néerlandais des Affaires étrangères face au génocide à Gaza révèle la paralysie morale de l'Europe et met en lumière le pouvoir de la conscience face à la complicité dans le génocide.

Une brèche dans le mur du silence et de l'inaction européen

Vendredi, un événement extraordinaire s'est produit en Europe - presque inimaginable au sein de la Commission européenne ou de l'Atlantique à l'ONU. Caspar Veldkamp, ministre néerlandais des Affaires étrangères, a démissionné de ses fonctions plutôt que de continuer à servir dans un gouvernement refusant de sanctionner Israël pour ses crimes de guerre à Gaza et en Cisjordanie.

En quelques heures, tout son parti - le Nouveau Contrat Social (NSC), incluant le vice-Premier ministre Eddy van Hijum, les ministres de l'Intérieur et de l'Éducation, le ministre de la Santé et plusieurs secrétaires d'État - a quitté la fragile coalition.

Il ne s'agissait pas d'un geste symbolique. Veldkamp n'est pas un député inconnu : diplomate chevronné et ancien ambassadeur aux côtés d'Israël, il connaît ce pays mieux que presque tout autre Européen. Il a été témoin du système d'apartheid de l'intérieur, puis du génocide à Gaza, tandis que la communauté internationale reste paralysée dans l'action, se limitant à de vives condamnations. Confronté à un cabinet incapable d'agir, il a choisi la conscience plutôt que la complicité.

Commentant sa décision, Veldkamp a déclaré :

« J'ai ressenti une résistance au sein du cabinet face à de nouvelles mesures en réponse à ce qui se passe à Gaza et en Cisjordanie... Des efforts pour trouver un compromis ont été faits, mais les concessions étaient insuffisantes... J'ai trop peu de confiance pour agir de manière responsable dans les semaines et mois à venir si je suis limité dans la mise en œuvre de la politique que je juge nécessaire. »

Qu'un ministre européen en exercice quitte son poste, affirmant qu'il ne peut plus agir « de manière responsable » alors que la famine ravage Gaza, constitue un véritable séisme politique.

Pourquoi cela compte

La démission de Veldkamp est significative pour trois raisons :

Premièrement, elle révèle ce que beaucoup au pouvoir ont tenté de cacher : les gouvernements occidentaux savent ce qu'Israël fait. Ils savent que ses actions violent le droit international de manière flagrante. Pourtant, ils succombent à la pression et choisissent la paralysie, voire la fausse neutralité. La rupture de Veldkamp rend cette complicité explicite.

Deuxièmement, son parcours fait de lui un témoin accablant. Il n'était pas l'ennemi d'Israël ; il en fut l'ambassadeur, le partenaire, l'ami. Que même lui démissionne, cela révèle la faillite morale de la position européenne.

Troisièmement, ce n'était pas seulement le choix d'un homme. Tout un parti quitte le gouvernement, déstabilisant une coalition déjà fragile. Le génocide de Gaza n'est plus une catastrophe humanitaire lointaine : il secoue la politique européenne.

Le déclencheur immédiat : boycotts, armements et famine

La démission a été provoquée par un débat au cabinet sur le boycott des produits des colonies israéliennes en Cisjordanie. Veldkamp a insisté sur le fait que les Pays-Bas ne pouvaient condamner les colonies tout en continuant à importer leurs produits. Mais les partenaires de coalition - le VVD de centre-droit et le Mouvement des Paysans-Citoyens - ont bloqué toute mesure, arguant qu'un boycott ne devait intervenir qu'au « niveau européen ». D'autres ont refusé toute nouvelle action.

La veille, le parlement avait également rejeté une motion visant à stopper la vente d'armes liées à Israël à l'armée néerlandaise. Face au génocide et alors que la famine à Gaza venait d'être officiellement déclarée par des experts soutenus par l'ONU, le gouvernement de Dick Schoof refusait d'agir. Pour Veldkamp, cela franchissait une ligne morale.

Le timing est crucial. Sa démission coïncide avec la déclaration officielle de famine - l'une des quatre seules famines reconnues dans le monde au cours des vingt dernières années. Enfants squelettiques, mères incapables d'allaiter, familles se battant pour des miettes. Cette famine n'est pas naturelle : elle est provoquée délibérément par Israël.

Quand Veldkamp a affirmé qu'il était « insuffisamment capable de prendre des mesures supplémentaires significatives », il parlait de famine et de mort par inanition. Son cabinet a refusé de considérer la famine délibérée des Palestiniens comme raison suffisante pour agir. Il a donc choisi de partir.

L'ombre de La Haye

L'hypocrisie est profonde. Les Pays-Bas abritent la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye, censée faire respecter la justice mondiale. C'est également la ville où 150 000 citoyens néerlandais ont défilé en juin - la plus grande manifestation depuis vingt ans - exigeant sanctions et responsabilité.

Le contraste est brutal : un gouvernement à La Haye refuse de sanctionner un génocide alors que son peuple occupe les rues et que le tribunal international siège à quelques pâtés de maisons. La CPI enquête sur le génocide ailleurs - au Darfour, au Myanmar ou au Soudan - mais quand Israël commet un génocide, soutenu par les États-Unis, l'Allemagne et d'autres partenaires européens, l'Europe se paralysie.

La démission de Veldkamp expose cette contradiction. Le gouvernement néerlandais se retrouve, avec Berlin et Washington, du mauvais côté de l'histoire : complice de crimes contre l'humanité tout en prêchant le droit international.

Pression populaire

Les manifestations ont compté. Veldkamp a reconnu que les revendications citoyennes ont influencé sa décision. Environ 150 000 personnes ont marché à La Haye - la plus grande mobilisation depuis la guerre en Irak. Cela a compté. Cela a montré aux politiques que le silence n'était pas gratuit.

La leçon : la protestation ne peut pas toujours arrêter les bombes, mais elle peut fissurer les murs de la complicité. Elle peut faire démissionner des ministres.

La paralysie géopolitique européenne

Pendant ce temps, l'Europe reste paralysée. Ursula von der Leyen, Olaf Scholz puis Friedrich Merz défendent « le droit d'Israël à se défendre », malgré plus de 60 000 Palestiniens tués et la famine officiellement déclarée. Aux Pays-Bas, les partenaires de coalition - VVD et BBB - bloquent les sanctions, refusant même un boycott des produits des colonies.

Ce n'est pas de la neutralité. C'est un obstacle à l'action contre l'apartheid et le génocide. Et c'est la preuve de l'impuissance européenne. L'UE, autrefois « puissance normative et morale », se révèle incapable de défendre les normes qu'elle proclame.

Comparaison avec les États-Unis

De l'autre côté de l'Atlantique, le silence est encore plus profond. Le Congrès continue d'autoriser des milliards d'aide militaire à Israël, bloque les résolutions de cessez-le-feu à l'ONU et accueille Netanyahu en invité d'honneur. Donald Trump promet d'aller plus loin, se vantant qu'il laisserait Israël « finir le travail ».

Aucun ministre américain n'a démissionné. Aucun membre du Congrès n'a dit ce que Veldkamp a dit : qu'il ne peut pas agir de manière responsable dans de telles conditions. Le silence à Washington est total et bipartisan.

L'Europe n'est pas mieux - mais des fissures apparaissent. Et ces fissures comptent.

Un ancien ambassadeur rompt les rangs

Ne sous-estimez pas la portée symbolique de cette rupture. Veldkamp, ancien ambassadeur d'Israël, connaît le système israélien dans le détail : l'apartheid, les colonies, la loi suprémaciste de 2018 déclarant Israël « État-nation juif ». Il ne peut être accusé de naïveté ou d'antisémitisme.

En démissionnant, il emporte avec lui cette crédibilité - laissant son gouvernement exposé, discrédité, moralement en faillite et aligné avec les soutiens du génocide. Cela humilie également l'Europe : les Pays-Bas, siège de la CPI, deviennent complices des crimes que leurs institutions étaient censées juger.

La leçon de l'histoire

Les démissions liées aux actions d'Israël sont presque inconnues en Europe. Condamnations ? Oui. Mouvements symboliques ? Oui. Mais des ministres sacrifiant leur poste ? Rarement. C'est pourquoi ce moment restera dans l'histoire.

Dans des années, lorsque la famine de Gaza sera rappelée et que les historiens compteront les morts, ils demanderont aussi : qui a parlé ? Qui a démissionné ? Qui a refusé la complicité ? Le nom de Caspar Veldkamp figurera parmi les réponses.

Conscience ou complicité ?

Cette histoire ne concerne pas seulement la politique néerlandaise. Elle illustre les fissures dans le soutien inconditionnel de l'Occident à Israël. Elle montre comment famine et apartheid, autrefois niés, déstabilisent désormais gouvernements et crédibilité européenne. Elle révèle le pouvoir de la protestation pour imposer des lignes morales.

Veldkamp l'a dit clairement : Israël viole le droit international. Son gouvernement a refusé d'agir. Il est donc parti.

Le choix nous appartient désormais : conscience ou complicité. Que voulons-nous que nos enfants, petits-enfants et étudiants lisent de nous dans les livres d'histoire ?

Ricardo Martins - Docteur en sociologie, spécialiste des politiques européennes et internationales ainsi que de la géopolitique

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